Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande : un vignoble historique pour des bordeaux d’exception

 

Tous droits réservés: Château Pichon Comtesse de Lalande

 

Par Anne-Louise Desjardins

 

Cette grande propriété bordelaise qu’est Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande est un domaine dont la riche histoire, qui remonte à la fin du XVIIe siècle, a contribué à sa légende. Racheté en 2007 par le groupe Louis Roederer, on cherche à y élaborer des vins racés d’une grande élégance qui savent rendre justice à ce terroir unique et à son patrimoine. À la barre du domaine, Nicolas Glumineau, directeur général formé en génétique du vin à Bordeaux, puis en œnologie à Montpellier, s’efforce de rendre à ce lieu mythique tout le raffinement qui a fait sa réputation pendant des décennies. À l’occasion de Montréal Passion Vin, nous vous proposons un portrait de cette maison unique de Pauillac en compagnie de son directeur.

 

Nicolas Glumineau a beau être né en Vendée, une région davantage connue pour ses huîtres, ses marais salés et son jambon que pour ses vins, les hasards de la vie l’ont amené à Bordeaux il y a près de 30 ans; d’abord pour des études en génétique du vin et un métier de chercheur aux côtés du maître Denis Dubourdieu; puis, comme œnologue, dès 2007. « J’ai rapidement compris que j’avais besoin de contacts personnels et de communication, d’être dans l’action continue; la vie de labo, ce n’était pas pour moi » raconte cet homme chaleureux, qui est aussi un spécialiste de la musique (opéra, classique, rock). Après ses études en œnologie qui l’ont amené à faire des stages au Château Haut-Brion et au Château Margaux, puis à œuvrer comme œnologue au Château Montrose, Nicolas Glumineau est repéré en 2012 par Frédéric Rouzaud, le patron du groupe Louis Roederer, propriétaire du célèbre champagne, mais aussi du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande, 2e grand cru classé de Pauillac. De sorte qu’aujourd’hui, celui qui a aussi été chasseur alpin durant son service militaire dirige les destinées de cette grande maison. Il est également directeur général de l’autre propriété bordelaise du groupe Roederer, Château de Pez, à Saint-Estèphe, situé à quelques kilomètre de Pichon. « Nous partageons la même équipe technique et de direction, mais la similitude s’arrête là. Ce sont deux domaines différents, dans deux appellations différentes et avec deux terroirs différents; on y vinifie des vins très différents, dans deux cuveries différentes » explique Nicolas Glumineau.

 

Tous droits réservés: Château Pichon Comtesse de Lalande    Nicolas Glumineau, General Manager, Château Pichon Longueville

 

 

Faire du vin comme on est

 

Prenez les vins de Pichon, par exemple. Ils sont considérés très racés et élégants, assez différents de ce qui se fait habituellement dans la région. C’est que le directeur de Pichon a pour habitude de dire qu’on fait du vin comme on est, que ce vin reflète la personne que l’on est. « Il y a une grande part de subjectivité dans ce processus qui fait appel à tout un tas de sensations; tous les détails qu’on essaie d’ajouter à un vin ont indéniablement un lien avec ce qu’on est profondément : une fois la vendange passée, on est dans la vinification, et alors, on se retrouve à 100 % dans la construction, croit Nicolas Glumineau. C’est un nouveau projet passionnant chaque année, puisqu’il faut chaque fois recréer une nouvelle boisson. » Le sympathique directeur travaille alors de très près avec les 75 employés du domaine pour leur faire comprendre l’importance cruciale de cette étape. « Je veux qu’ils réalisent que nous avons alors les deux mains sur le volant. On organise le programme de vinification et de remontage chaque jour, afin qu’on puisse s’adapter à chaque cuve et pour savoir quel niveau de finesse et d’extraction on veut obtenir. C’est un travail de précision et de jugement qu’on aime bien faire vivre aussi aux journalistes. On se promène d’une cuve de merlot à une cuve de cabernet, on crée un lien de proximité très fort avec les gens par le produit et par l’expérience » confie Nicolas Glumineau. Il constate que si la prestigieuse région vinicole où il vit a longtemps communiqué avec sa clientèle à travers son passé prestigieux, comme celui de Pichon, il faut aussi savoir utiliser ce positionnement autour des grands vins de Bordeaux en échangeant, en expliquant ce qui fait l’unicité de ces vins. « Nous devons établir un lien affectif avec notre clientèle par le produit lui-même » d’ajouter le directeur-œnologue.

 

 

Tous droits réservés: Château Pichon Comtesse de Lalande

 

 

 

 

 

 

 

 

Le domaine et sa différence

 

Situé dans l’appellation pauillac, Pichon s’étend sur 90 hectares, dont 80 à Pauillac et 10 à Saint-Julien, et partage un grand plateau de graves avec trois autres propriétés vinicoles. On y produit, selon les années, entre 300 000 et 400 000 bouteilles. « Ce qui nous distingue, c’est que, généralement, le Médoc produit des rouges assez charpentés, un peu plus massifs, assez tanniques; tandis que les vins du Château Pichon Comtesse de Lalande ont un style plutôt vif et très élégant qui tient peut-être à notre façon un peu différente de mener la vigne et de vinifier. » Ces tanins typiques de Pauillac, Nicolas Glumineau et son équipe essaient de les polir, de les civiliser, en rendant le vin plus « juteux et agréable à boire, avec une bonne mâche ». Pour ce faire, on travaille chacune des 70 parcelles individuellement, qu’on vinifie dans autant de cuves, et on s’applique à unir le côté très droit et précis du cabernet sauvignon à la chair et à la rondeur du merlot. On plante aussi moins de merlot que de cabernet, ce qui est peu habituel dans ce coin de Bordeaux. « On obtient ainsi ce beau fruité, complexe et savoureux, mais aussi un vin un peu aérien et doté d’une grande élégance, sans pour autant sacrifier à la puissance des anthocyanines et des polyphénols », précise Nicolas Glumineau.

 

 

Tous droits réservés: Château Pichon Comtesse de Lalande / La Cuverie

 

La biodynamie, une part d’empirisme paysan bienvenue

 

Ce dernier croit aussi à l’apport de la biodynamie au vignoble : sur les 90 hectares, 24 ont été jusqu’ici convertis en biodynamie. « Nous avons un programme d’arrachage précis, de 3 hectares de vieilles vignes qui ne produisent plus chaque année; on les laisse ensuite en jachère pendant 3 ans, avant de les replanter en utilisant les principes de la biodynamie. Ce programme d’arrachage nous permet du même coup de revoir le pourcentage de chacun des cépages et le type de porte-greffe souhaité dans l’encépagement de la propriété » explique le dynamique directeur de Pichon, qui travaille pour l’occasion avec un géologue afin d’obtenir le plus d’informations possible sur les sols concernés. « Vous savez, la biodynamie est une approche beaucoup plus fréquente et répandue à Bordeaux qu’on peut le penser, assure-t-il. Nous travaillons de cette façon depuis 10 ans maintenant, et toute la région bordelaise est en pleine phase d’expérimentation. » Lui-même fils de paysans vendéens, Nicolas Glumineau estime qu’il faut aussi garder une approche agricole et paysanne, savoir doser entre la science et l’empirisme en ajoutant l’observation de la nature dans le processus de travail de la vigne. « Nous devons demeurer ouverts, trouver l’équilibre entre les connaissances scientifiques de pointe et l’empirisme, l’instinct. »

 

Il se dit très heureux des résultats obtenus jusqu’ici et estime que la prochaine étape consistera à se demander si l’approche biodynamique apporte un petit supplément d’âme et de qualité au vin. « Il est peut-être un peu tôt pour l’affirmer, mais nous croyons que c’est très positif et que cela donne une complexité accrue à nos vins » constate Nicolas Glumineau. Il a prévu que d’ici 2025 tout le vignoble de Pichon sera converti à la biodynamie.

 

 

 

Tous droits réservés: Château Pichon Comtesse de Lalande

 

 

Entre tradition et modernité

 

Et quand on lui demande comment on arrive à faire entrer un domaine comme Château Pichon comtesse de Lalande doté une telle histoire dans la modernité sans trahir son riche passé, Nicolas Glumineau a une réponse limpide : il ne cède pas aux modes et pense que le mieux est l’ennemi du bien. « Les installations ont été rénovées pour offrir des conditions optimales à l’élaboration des vins. Ensuite, nous restons très attachés aux traditions, en ce sens que le travail des anciens a aussi beaucoup de valeur et qu’il a fait ses preuves. Nous ne misons pas sur des outils ultra-technos parce que nous ne cherchons pas à faire des vins à la mode du jour ou soi-disant modernes. Nous avons plutôt opté pour des outils qui permettent d’apporter beaucoup de précision et de finesse à notre travail. » Ainsi, à la cuverie, lors des vendanges on procède par gravité pour la réception des raisins en cagettes et on utilise des cuves d’inox. Chaque parcelle, chaque unité de terroir a sa propre cuve, avec un programme adapté à chacune. « C’est vraiment là qu’on apporte le plus de soin à notre programme de vinification, avec la fin de la fermentation malolactique qui se termine à la mi-décembre, suivie par un temps de repos d’un mois et par nos assemblages, qu’on entreprend en début d’année. Ensuite, les vins passent 18 mois dans des barriques bordelaises de 225 litres, dont 60 % sont en chêne français neuf, car on préfère utiliser le chêne pour son effet stabilisateur sur le vin, plutôt que pour les arômes qu’il lui confère » conclut Nicolas Glumineau. Des essais sont aussi faits avec des barriques de tailles différentes.

 

Vins dégustés lors de Montréal Passion Vin :

Réserve de Comtesse 2014 – Pauillac

Réserve de Comtesse 2010 – Pauillac

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2014 – Pauillac

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2009 – Pauillac

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 2005 – Pauillac

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande – Pauillac – millésime à découvrir

 

 

Par Anne-Louise Desjardins

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