Domaine de la Vougeraie: bichonner ses vignobles pour exalter la pureté des vins

Photos tous droits réservés Domaine de la Vougeraie

 

Par Anne-Louise Desjardins

 

Si Boisset est un véritable empire vinicole qui comprend huit domaines en Bourgogne, sept propriétés ailleurs en France (Jura, vallée du Rhône, Provence) et plusieurs domaines vinicoles en Californie, il reste que le Groupe Boisset La Famille des Grands Vins est demeuré une entreprise familiale qui a su croître au fil des ans grâce à la vision de son fondateur, Jean-Claude Boisset. Aujourd’hui, ce Bourguignon qui a créé son premier vignoble à Nuits-Saint-Georges en 1961 est toujours actif dans les opérations de la marque. Mais sa fille Nathalie, son fils Jean-Charles et son gendre Jean-François Curie ont pris la relève au quotidien; la première comme directrice du marketing, le second comme responsable des opérations américaines du groupe et le troisième comme directeur général de la compagnie. En 1999, ce trio de jeunes adultes a eu l’idée de réunir plusieurs des parcelles qui appartenaient à la famille pour créer le Domaine de la Vougeraie. Depuis, le succès est au rendez-vous, millésime après millésime. À l’occasion de Montréal Passion Vin, nous vous proposons une entrevue avec Nathalie Boisset.

 

Nathalie Boisset est une femme d’une énergie et d’une chaleur humaine peu communes. Notre conversation a beau se dérouler au téléphone, j’ai l’impression qu’elle se trouve dans la pièce avec moi, tant sa bonne humeur et sa gentillesse occupent l’espace. Il faut dire que la fille de Jean-Claude Boisset a la communication dans la peau. Avec son conjoint Jean-François Curie qui dirige la marque Boisset La Famille des Grands Vins et son frère Jean-Charles qui vit aux États-Unis depuis une trentaine d’années et qui se charge des domaines nord-américains de la famille, elle poursuit le travail entamé par son père Jean-Claude dès 1961 en menant avec brio toutes les relations de presse et la mise en marché pour le groupe Boisset via son agence de communication. Mais c’est pour nous parler du Domaine de la Vougeraie qu’elle a contribué à mettre sur pied en 1999 et dont elle viendra présenter avec son conjoint certains des grands crus à Montréal Passion Vin, qu’elle a accepté notre rendez-vous.

 

« C’est quand même formidable que cette rencontre à Montréal coïncide avec le vingtième anniversaire du Domaine de la Vougeraie », s’enthousiasme Nathalie Boisset au bout du fil. Jean-Charles, Jean-François et moi-même avons créé ce domaine avec l’idée, au départ, de rassembler les vignes acquises par notre père, soit lors de rachats de vignobles dans ce secteur, soit en utilisant les plantations qu’il avait faites lui-même au fil des ans. Nous voulions réunir tous ces vignobles autour d’une seule et même entité, avec la mission de faire des vins d’excellence, des vins d’élite, sans compromis pour la qualité. C’est la raison pour laquelle nous sommes d’abord partis sur vins bio. »

 

Nathalie Boisset – Photos tous droits réservés Domaine de la Vougeraie

 

L’histoire des moines de Cîteaux omniprésente

 

Il faut dire que le domaine réunit une collection de parcelles prestigieuses à Gevrey-Chambertin (dont la première, les Évocelles, a été acquise par Jean-Claude en 1964), des premiers crus, des grands crus et des monopoles, dont certains ont une histoire qui remonte au XIIe siècle, à l’époque où les moines cisterciens cultivaient la vigne dans la région. C’est le cas du Clos Blanc, qui provient d’un grand triangle de vignes couvrant 2,28 hectares et situé juste en face du Clos Vougeot, et voisin du Château du Clos de Vougeot. Plus précisément, les vignes qui servent à l’élaboration du Clos Blanc se trouvent au centre du Grand Carré de la vigne blanche du Domaine de la Vougeraie.

 

« Le vin qu’on en tire est un blanc très rare parce qu’historique par sa position unique dans les Côtes-de-Nuits, où il y a très peu de blancs, mais aussi parce que cette parcelle est cultivée depuis 1110 et que ça a été un des premiers vins de l’Abbaye de Cîteaux », explique Nathalie Boisset. Les moines avaient alors constaté que ce terroir extrêmement calcaire était très propice à la culture de raisins blancs. « On y trouve la vigne plantée de la même manière qu’elle pouvait l’être à l’époque. C’est notre monopole de cœur, un vin avec une personnalité particulière, ample et minéral à la fois, avec 4 à 5 % de pinot blanc et gris, ce qui est aussi une rareté en Bourgogne. Nous avons l’habitude de dire qu’il s’agit d’un vin à la fois mythique et mystique », ajoute-t-elle en riant. Plus tard, s’ajouteront des vignes autour de Vougeot.

 

 

Clos Blanc de Vougeot – Photos tous droits réservés Domaine de la Vougeraie

 

 

L’héritage du Québécois Pascal Marchand

 

« Le Domaine de la Vougeraie, c’est aujourd’hui 44 hectares, 72 parcelles, 37 appellations, pour une production annuelle moyenne de 300 000 bouteilles. C’est donc un domaine plutôt gros selon les standards bourguignons; mais si on était dans le Bordelais, ce serait considéré petit, explique Nathalie Boisset. Chose certaine, on ne vise pas la taille ni les rendements, mais plutôt l’excellence. Et, forcément, entretenir et vendanger autant de parcelles réparties dans différents villages, c’est beaucoup de travail. Ce ne sont pas des parcelles réunies autour d’un seul château, comme c’est souvent le cas à Bordeaux. » La tâche est d’autant plus ardue que le trio Boisset-Curie a opté dès 2001 pour la culture en biodynamie, sous l’égide du génial vinificateur québécois Pascal Marchand qui a mis en place en 1999 le Domaine de la Vougeraie avec la famille Boisset et qui en est resté l’œnologue jusqu’en 2006. « Aujourd’hui, nous avons pris des chemins séparés, mais nous sommes toujours restés très proches de Pascal. C’est lui qui a opté pour le passage progressif du biologique à la biodynamie et nous lui en sommes reconnaissants. On dit toujours que ce que l’on fait, c’est du cousu main, puisque chaque vin est différent. Un rouge de Gevrey-Chambertin et un rouge de Pommard auront bien sûr des caractéristiques qui leur sont propres, avec une trame distinctive pour chacun. »

 

Photos tous droits réservés Domaine de la Vougeraie

 

 

La philosophie de la biodynamie

 

Mais la biodynamie réunit le tout. Pour Nathalie Boisset, opter pour la biodynamie consiste à adopter une philosophie qui permet de rendre le vignoble aussi vivant, riche et vibrant que possible en lui offrant toute une gamme de soins précis et en l’enrichissant constamment. « Une fois que ce travail d’enrichissement est fait, on essaie d’intervenir le moins possible pour laisser agir le terroir; après, vous avez l’empreinte du vinificateur qui joue. Pascal (Marchand) travaillait au départ sur des vins un peu plus costauds, un peu plus rustiques. Au fil des ans il a raffiné son style et utilisé moins de bois » précise Nathalie Boisset. Et puis, les terroirs se sont exprimés, ils ont parlé. « C’est-à-dire que la biodynamie, au bout de vingt ans, a été prégnante, de plus en plus importante, les terroirs ont été de plus en plus présents dans nos vins. Ils ont évolué vers davantage de subtilité. Aujourd’hui, on a plus de finesse, ce qui s’explique beaucoup par l’évolution de la vigne. » Et puis, il y a eu tout un programme de replantation qui s’est mis en place progressivement : certaines vignes âgées avaient besoin d’être changées, d’autres étaient moins qualitatives parce que c’était parfois la pratique dans les années soixante-dix.

 

« Nous avons procédé lentement, car nous comptons habituellement sept ans avant que les vignes nouvelles, que nous appelons chez nous « la plante », commencent à donner des raisins de la qualité que nous recherchons. Aujourd’hui, nous plantons 13,600 pieds à l’hectare afin d’obtenir des raisins plus concentrés, tandis que notre directrice du domaine emploie 20 personnes à temps plein, dont deux chefs de culture, l’un sur la Côte-de-Nuits et l’autre sur la Côte de Beaune » indique Nathalie Boisset. Ainsi, la minuscule parcelle d’origine les Évocelles, plantée en 1964, a grandi au fil des ans et occupe aujourd’hui trois hectares. « C’est le cœur du Domaine de la Vougeraie, son lieu de naissance » ajoute celle qui œuvre dans l’entreprise familiale depuis l’âge de 20 ans. Un autre aspect fort intéressant du domaine de la Vougeraie réside dans le fait que la famille s’approvisionne en chênes dans la forêt de Cîteaux voisine pour fabriquer des fûts qui répondent parfaitement à ses besoins, travaillant avec différents tonneliers afin d’obtenir une bonne diversité de barriques et de styles de toastage.

 

Photos tous droits réservés Domaine de la Vougeraie

 

Savoir vulgariser son cheminement

 

La fille de Jean-Claude Boisset est aussi heureuse de voir que le petit jardin de plantes que l’on cultive sur place permet de rendre le Domaine de la Vougeraie autonome au chapitre de la préparation des tisanes, décoctions d’enrichissement et liquides naturels de pulvérisation essentiels à la culture en biodynamie. D’ailleurs, Nathalie Boisset a travaillé avec soin à préparer une somme impressionnante de documentation qu’elle met en ligne, avec un journal de type infolettre durant les vendanges, afin d’expliquer toutes les actions qui sont prises en régie biodynamique à toutes les étapes de culture. « Je pense que bien des gens voient cette approche comme vaguement ésotérique. Mais je me dis que plus nous allons vulgariser notre travail, en décrire les nombreuses étapes et le gros boulot que ça représente, plus le public saura apprécier les efforts, les soins et tout l’amour que nous portons à nos vignes et à l’élaboration de nos vins. » Nathalie Boisset insiste aussi sur le fait que la famille est très reconnaissante à Pascale Marchand, ce Québécois qui s’est passionné pour la culture biologique, puis biodynamique, et qui a permis au Domaine de la Vougeraie de toujours tendre vers l’excellence pendant ses premières années, si cruciales. « Le Québec, c’est notre pays de cœur, et c’est notamment grâce à Pascal que nous y sommes si attachés » conclut cette femme sympathique, avec émotion. Un bien beau lignage…

 

 

Les vins qui seront dégustés lors de Montréal Passion Vin :

 

Vins dégustés :

Beaune 2017

Vougeot Clos du Prieuré Blanc Monopole 2017

Vougeot 1er Cru Le Clos Blanc de Vougeot Monopole  2017

Gevrey-Chambertin Les Évocelles 2017

Vougeot 1er Cru Les Cras 2017

Clos de Vougeot Grand Cru 2017

 

 

Par Anne-Louise Desjardins

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