Exquis Web Bruno Pelletier Photo par Krystel V Morin

Invité : Bruno Pelletier

LE COLLECTIONNEUR REPENTI

Bruno Pelletier est un touche-à-tout passionné par toutes les formes musicales : jazz, classique, chanson à texte ou rock viril. Il est aussi adepte d’arts martiaux, de yoga, de vélo et de boxe, un solide connaisseur en vins et un gourmand assumé. Son métier l’a fait voyager partout et lui a permis d’assouvir sa curiosité insatiable envers le monde qui l’entoure. Rencontre ludique avec un être d’exception!

Si la plupart des entrevues que je mène comme journaliste gastronomique sont agréables, certaines se révèlent plus marquantes que d’autres. Comme cet après-midi de printemps passé en compagnie de Bruno Pelletier, superbe musicien et interprète dont la voix, le talent et la prestance sur scène font courir les foules depuis 25 ans.

L’homme est tellement sympathique que tout le monde est tombé sous son charme lors de notre rencontre au bar à vin Rouge Gorge, du Plateau Mont-Royal.

 

SUPERBE JOUEUR D’ÉQUIPE

Avec un humour qui a créé une ambiance particulièrement agréable, Bruno Pelletier s’est montré incroyablement attentif aux besoins de notre petite équipe, ayant pris soin d’apporter une guitare, de s’habiller pour la saison et de préparer un dossier à mon intention sur son cheminement d’oenophile.

D’une patience d’ange, et malgré un vilain mal de gorge et un horaire de tournée chargé pour la promotion de son 13e album, Regarde autour, il a fait rire notre photographe aux éclats, tout en fraternisant avec les employés du Rouge Gorge.

Exquis Web Vinistar Bruno Pelletier Laurent Farre par Krystel V Morin

Bruno Pelletier en compagnie de Laurent Farre. Photo : Krystel V. Morin

 

Lorsque le patron l’a invité à jeter un oeil à son cellier, Bruno s’est prêté au jeu avec plaisir. Réalisant qu’Alain Rochard et Laurent Farre étaient non seulement derrière le Rouge Gorge (et son petit frère, le bar à cocktail Le Royal), mais aussi les heureux copropriétaires du vignoble du Loup Blanc, en Minervois, il s’exclame, en voyant l’étiquette d’une de leurs bouteilles : « Ah! Mais je connais vos vins! J’en achète régulièrement. Je ne m’attendais pas à avoir la chance de rencontrer un des producteurs aujourd’hui! »

 

INTÉRÊT POUR LES PRODUITS QUÉBÉCOIS

Pendant que nous goûtons le plateau de charcuteries préparé pour nous en discutant des vins québécois, l’un des sommeliers s’approche et nous sert le Seyval-Chardo du vignoble Les Pervenches. Aussitôt, Bruno Pelletier se met à échanger avec lui sur le sujet. « Comme j’habite à Mont-Saint- Hilaire, je vois plusieurs nouveaux vignobles apparaître, même si je ne suis pas un connaisseur », admet-il, modestement.

Ce qui ne l’empêche pas de pousser parfois une pointe jusqu’à l’Orpailleur pour se procurer leur pinot gris, apparemment parfait pour l’apéro sur la terrasse. « J’aime aussi le cidre Les Murmures, de Michel Jodoin, un pétillant peu sucré, avec des bulles fines, que j’offre souvent aux amis », ajoute-t-il. L’après-midi passe ainsi à toute vitesse et on finit par manquer de temps pour tout se dire.

De sorte que lorsque je le recontacte pour obtenir des précisions sur les vins qu’il affectionne et sur ses projets, celui qui a fait un malheur avec son album Miserere, dans les comédies musicales Starmania (deuxième mouture) ou Notre-Dame-de-Paris et dont l’interprétation du « Temps des cathédrales » a marqué l’histoire de la chanson francophone propose qu’on se retrouve dans un resto italien, au lieu de simplement discuter au téléphone.

 

L’OCCASION QUI FAIT LE COLLECTIONNEUR

Attablés devant des soupes minestrone, un risotto et des calamari, nous reprenons notre conversation là où nous l’avions laissée un mois plus tôt, pour aborder l’histoire de ses premiers pas dans le monde du vin.

« On ne buvait pas beaucoup de vin dans ma famille », raconte le natif de Charlesbourg et ceinture noire de karaté qui a déjà eu sa propre école d’arts martiaux. « Dans les années 1980, mon beau-père était amateur de beaujolais, Maître d’Estournel ou Louis Jadot. Mais mon intérêt pour le vin a vraiment commencé au début de la trentaine, quand un couple d’amis qui s’y connaissaient ont entrepris de m’initier. »

On l’entraîne alors à une première séance de dégustation en compagnie de Nick Hamilton; puis, les premiers contrats en Europe font le reste. « En 1993, j’ai 31 ans, et je découvre les régions vinicoles françaises chez les cavistes Nicolas et Le Repaire de Bacchus. C’est là que mon ouverture au vin se fait de façon exponentielle et que je décide de commencer une collection », raconte Bruno Pelletier.

Résultat : à son retour au Québec, en 1995, il fera suivre par bateau deux malles contenant chacune 7 ou 8 caisses de vin. « À l’époque, j’aimais surtout les vins de Bordeaux, et j’avais de belles bouteilles de Saint-Estèphe Cos d’Estournel, de Pomerol Croix de Gay et Fleur de Gay sur de grands millésimes, comme les 1982, 1985, 1990 et 1991.

Des fans m’ont même offert un Petrus 1975 et un Château d’Yquem 1962, que j’ai eu beaucoup de mal à accepter! » se souvient-il. Il avait aussi un faible pour les vins des côtes du Rhône.

Exquis Web Vinistar Bruno Pelletier 1 par Krystel V Morin

Photo : Krystel V. Morin

 

EMBRASSER LA PLANÈTE VIN

Mais le plaisir de la découverte ne fait que commencer. Agacé par le chauvinisme français, Bruno Pelletier profite de la diversité offerte à la SAQ pour s’initier aux autres vins du monde. Il s’abonne au Courrier vinicole et participe à d’autres dégustations privées, tout en explorant les crus du Nouveau Monde, avec une ouverture d’esprit qui l’honore et qui était, avouons-le, encore peu répandue. « Je goûtais des pinots noirs d’Australie, d’Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande et je continuais à prendre de l’expérience en dégustation », se souvient-il.

Au milieu des années 2000, il arpente le vignoble californien; s’il découvre de grands vins chez Mondavi ou Coppola, il est déçu de voir qu’ils sont réservés à une clientèle sélecte. « Les vins étaient tape-à-l’oeil, très boisés, et ça ne m’a pas plu. Ils se sont améliorés depuis; mais, sauf pour le vin La Crema, qui est un excellent passe-partout, je ne suis pas vraiment amateur… »

Il constate du même coup que son palais réclame des vins souples, comme le pinot noir ou le merlot. Il délaisse le Bordelais, mais demeure fidèle aux vins rhodaniens, particulièrement à l’appellation saint-joseph, dont il raffole. « Je ne suis pas amateur de syrah ni de zinfandel, des cépages très à la mode, mais trop mine de crayon à mon goût. Sauf ceux des appellations de la région de Crozes-Hermitage et de Châteauneuf-du-Pape, qui produisent des vins costauds, avec du fruit. C’est là que j’ai appris qu’on pouvait décanter un vin pendant 18 heures d’affilée! » rigole-t-il.

 

UNE AUTRE APPROCHE DU VIN

Aujourd’hui, Bruno Pelletier a changé son approche du vin. « Au tournant de la cinquantaine, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du jardin et j’avais envie de plus de simplicité », explique ce sportif de haut niveau. Il écoule sa précieuse collection peu à peu, et son cellier de 250 bouteilles lui apparaît désormais un brin dégarni.

Exquis Web Vinistar Bruno Pelletier 4 par Krystel V Morin

Photo : Krystel V. Morin

 

« On y trouve maintenant de nombreuses bouteilles de Gaterade et je suis devenu un monsieur Tout-le-Monde du vin, qui fait ses achats à la semaine, selon ses besoins, tout en appréciant les excellentes suggestions des conseillers des succursales SAQ de Beloeil et de Mont-Saint-Hilaire. » Récemment, il a eu un coup de coeur pour le Chablis Premier Cru Les Montmains 2014 du Domaine Laroche et pour le pinot noir chilien Aconcagua Costa d’Errazuriz.

Lui qui a fait le tour du monde grâce à son métier et qui vient de passer l’année en tournée, il se réjouit de manger à la maison et de recevoir des amis, en toute simplicité. Parmi eux, la chanteuse Judith Bérard et son mari, le compositeur Romano Musumarra, qui produisent en Ombrie avec un partenaire, une huile d’olive primée partout dans le monde.

« Ma femme est nutritionniste et une cuisinière hors pair; grâce à elle, j’ai pu opérer un virage santé qui est aussi délicieux, parce que tout ce qu’elle prépare déborde de saveur et de fraîcheur », explique Bruno Pelletier. Ça ne veut pas dire qu’il a dit adieu pour autant à un bon filet mignon accompagné d’un verre d’Ossoyos-Larose de l’Okanagan, à l’occasion.

« Nous avons une alimentation flexitarienne, avec poisson, poulet, tofu et salades extraordinaires. Mélanie est la reine des smoothies matinaux et elle prépare un délicieux saumon teriyaki ou à l’érable, avec purée de patate douce et légumes verts. » De son côté, Bruno avoue qu’il est un bon marmiton, mais qu’il tient rarement la queue de la poêle.

 

 

 

Exquis, n° 22, 2017

 

 

Par L'équipe Exquis

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