Vinistar : Ricardo Larrivée, un gentleman et ses vins

Gentleman vigneron

Jeudi après-midi, il neige, il vente et tout est gelé autour du Fort Chambly. Le grand jardin que Ricardo entretient avec minutie et amour l’été est figé dans la neige et ses poules de race Chantecler sont bien au chaud dans leur poulailler. Qu’à cela ne tienne : dès que Ricardo m’ouvre la porte de sa magnifique maison, dans la cuisine de laquelle il tourne ses émissions quotidiennes, on dirait que le soleil revient. [NDLR : l’entretien s’est déroulé au début de l’année 2014. Voir les mises à jour au bas de l’article concernant Les Vins Ricardo.]

J’en oublie mon rhume naissant et la fatigue de l’hiver. C’est un véritable bonheur de retrouver ce copain chaleureux et enjoué et sa douce Brigitte; j’ai le plaisir de les côtoyer depuis une douzaine d’années, alors que nous faisions ensemble une émission à la radio de Radio-Canada. Depuis, on se croise régulièrement à la Tablée des Chefs, où Ricardo s’implique pour aider les jeunes des milieux défavorisés à apprendre à mieux se nourrir, dans des lancements et des événements gastronomiques ou pour des entrevues comme celle que je m’apprête à réaliser.

Afrique du Sud, terre promise

Pendant que notre photographe et son assistante s’installent dans les pièces où la lumière est la plus belle et que Brigitte passe au maquillage, Ricardo me montre ses épices, impeccablement alignées dans des pots vitrés bien identifiés. Il ne manque rien! Brigitte et son homme ont passé un temps fou à rénover de fond en comble leur grande résidence de Chambly (comme ils ont rénové plusieurs maisons décrépites du secteur pour préserver leur valeur architecturale et patrimoniale) et il prend plaisir à me faire les honneurs du lieu.

Dans la bibliothèque relocalisée dans une pièce à l’avant, je note qu’à côté de l’imposante collection de livres de recettes se trouve une sélection d’ouvrages sur le vin. Aux encyclopédies et livres de référence s’ajoutent des bouquins sur les régions vinicoles du Nouveau Monde et d’Europe. Ricardo attrape au passage un beau livre consacré aux vins d’Afrique du Sud, qu’il feuillette avant de me montrer les photos de vignes plantées à perte de vue, certaines posées sur des terres plates et d’autres qui grimpent sur les flancs de coteaux en pente douce.

Brises océaniques

Ce vignoble, c’est Durbanville Hills, un vaste domaine de type coopératif qui regroupe neuf fermes différentes. Les vignobles sont situés sur la pointe méridionale du pays, près de Cape Town.  « Ces vignes sont constamment fouettées par les vents de l’océan Indien d’un côté ou par ceux de l’Atlantique de l’autre, ce qui permet d’éviter les écarts de température trop importants. C’est la région du pays qui a le climat le plus frais », explique Ricardo, qui me montre ensuite des images de l’impressionnant chai, à la fine pointe de la technologie.

C’est que l’ami Ricardo s’implique à fond dans sa nouvelle passion, celle de l’oenologie et de la viticulture. Pas question pour cet être entier et curieux de faire les choses à moitié ! Non seulement ce jardinier et clarinettiste à ses heures, passionné de rhum et de cocktails, a-t-il bâti lui-même sa cave à vin avec l’aide d’un ami, mais il s’est aussi investi dans la fabrication de vins, et pas n’importe lesquels : des crus d’Afrique du Sud.

Larrivée vins du monde

Ricardo lance au printemps 2014 la gamme Larrivée vins du monde. Les deux premières cuvées sont un sauvignon blanc et une syrah, qu’on appelle là-bas shiraz, comme en Australie ou en Californie. Ces deux vins, il les a vinifiés à partir de plusieurs parcelles de vignes, justement cultivées par Durbanville Hills, en utilisant les installations et l’expertise des vignerons de ce domaine réputé.

Pour comprendre l’engouement récent de Ricardo, il faut d’abord bien saisir le personnage. Sous ses dehors blagueurs et extravertis (son imitation déjantée d’un chanteur de charme latino transforme la séance photo en partie de plaisir et fait oublier à Brigitte qu’elle est sous l’oeil inquisiteur de la caméra), Ricardo est un hypersensible chez qui tout est prétexte à tendre la main pour aider et passer au suivant. Ce qu’il veut, c’est utiliser sa notoriété pour faire avancer des causes qui lui tiennent à coeur tout en respectant une ligne directrice claire.

L’entraide comme motivation

« Quand Ricardo et moi sommes revenus d’Afrique du Sud après un tournage pour Radio-Canada et qu’il m’a dit qu’il voulait créer ses propres vins en travaillant avec des agriculteurs et des vignerons sud-africains, je me suis dit : “Y’é fou ! Encore un projet!” » d’admettre Brigitte en riant, un verre de shiraz à la main. « Mais je me suis vite rendu compte que c’était une excellente idée parce qu’en plus de le passionner, ça correspondait parfaitement à notre mission d’entreprise. » Chez Ricardo Media, cette mission est prise très au sérieux : il s’agit de valoriser le partage autour de la table, en famille et entre amis, en complétant par un engagement constant dans la communauté. La perspective de contribuer à soutenir des fermiers d’une région du monde où la pauvreté est encore très présente a donc grandement joué dans la balance pour le célèbre duo.

« En Afrique du Sud, on a un sens de l’entraide et un esprit communautaire vraiment exceptionnels. Les gens s’impliquent à fond pour sortir de l’ère de l’apartheid et mieux vivre de leur travail. Ça m’a vraiment interpellé », de confier le généreux animateur et cuisinier qui n’avait jamais rêvé de faire du vin auparavant, même s’il est un sérieux amateur, gascon dans l’âme et membre de la Commanderie des Costes du Rhône.

« Les gens d’Afrique du Sud font aussi des vins fantastiques, mais encore trop peu connus à l’étranger. Je me suis dit que si je pouvais contribuer à ma très modeste mesure à les sortir de leur isolement tout en faisant un projet qui cadre avec notre philosophie, ce serait fantastique », explique Ricardo.

C’est comme ça qu’au lieu d’arriver dans le pays avec ses gros sabots et d’acquérir un vignoble, il choisit de s’engager à acheter les raisins de producteurs déjà établis et de faire du vin de façon écoresponsable, dans le respect de la culture locale. Son ami Paul Coffin, de LCC Vins, a accepté de l’aider à réaliser ce rêve, tout comme l’associé de Brigitte et Ricardo chez Ricardo Media, Denis Chamberland, qui a investi lui aussi dans l’aventure. On parle quand même de produire la bagatelle de 100 000 bouteilles de chacun des deux vins.

Oser risquer

Inutile de dire que pour Ricardo, sortir ainsi de sa zone de confort se révèle un processus exaltant et intimidant à la fois. « En cuisine, je suis sûr de moi, je connais mes ingrédients, je sais ce qui va ensemble, je peux improviser, recommencer. Pas ici. Alors, j’avoue que quand je suis parti en Afrique du Sud pour sélectionner les différentes cuvées qui allaient composer mes assemblages, j’étais très nerveux parce que j’avais peur de me tromper. » Son but : élaborer des vins qui plairont aux Québécois, dont il décrit les goûts à mi-chemin entre ceux des Américains et ceux des Français. « On est clairement une société du Nouveau Monde », soutient Ricardo, très à l’écoute de son public. « Je veux proposer des vins qui reflètent cette identité unique. »

Shiraz et sauvignon blanc

Il choisit d’abord de créer un shiraz structuré, avec du fruit, mais pas trop tannique, doté d’un côté légèrement torréfié et d’une belle longueur en bouche. Un vin qui ira aussi bien avec une longe de porc sur le gril qu’avec du canard ou de l’agneau. « Pour moi qui suis cuisinier, le vin doit absolument pouvoir s’allier facilement à un grand nombre de plats, être food friendly. Donc, pas un shiraz confituré et lourd, mais plutôt un vin avec de la rondeur et des tanins souples. » Pour le sauvignon blanc, il fallait à tout prix éviter le style Nouvelle-Zélande. « Leurs sauvignons blancs goûtent souvent la pomme verte à outrance et sont si exubérants qu’ils perdent toute subtilité », constate Ricardo. Il estime que les vins d’Afrique du Sud ont un style qui correspond bien davantage aux préférences des Québécois. « Ils sont secs, mais avec du fruit et une bonne acidité, qui permettent de les jumeler avec toutes sortes de mets. »

D’ailleurs, pour le site ricardocuisine.com (1,2 million de visiteurs chaque mois), Brigitte a fait préparer une liste de recettes qui s’accordent parfaitement avec les vins de son homme. C’est d’autant plus pratique que les recettes de Ricardo ont longtemps été associées aux pastilles de goût de la SAQ, que Brigitte considérait comme un outil d’éducation supplémentaire pour leur public. « Nous recevons tellement de courriels de nos lecteurs qui nous disent qu’ils ont essayé telle ou telle recette et qu’ils l’ont jumelée avec succès à tel type de vin, que nous avons réalisé que les Québécois considèrent maintenant les accords mets et vins comme une part essentielle de la composition du repas. C’est pourquoi nous avons voulu les suivre dans ce cheminement en suggérant des mariages avec nos vins pour nos recettes les plus populaires. »

Une gamme en héritage

Et si Ricardo a choisi le nom Larrivée vins du monde pour sa gamme de vins, c’est parce qu’il souhaite transmettre un esprit de découverte et préparer des cuvées en provenance de différentes régions du monde, tout en offrant en héritage à ses trois filles un projet qui porte leur patronyme. « On débute avec des vins d’Afrique du Sud, incluant un rosé qui s’ajoutera bientôt », explique Ricardo. « Mais j’aimerais explorer d’autres régions, peut-être faire un pinot noir en Oregon, par exemple. » Chose certaine, il promet de continuer à développer des vins qui refléteront le côté très Nouveau Monde de la société québécoise.

Mises à jour : Les Vins Ricardo

En octobre 2015, le Ricardo 03 Monastrell arrive sur les tablettes de la SAQ. Il s’agit du troisième vin commercialisé par notre gentleman qui a, cette fois-ci, opté pour un rouge d’Espagne. C’est également à ce moment qu’est dévoilée la nouvelle image de marque de Larrivée vins du monde qui devient, tout simplement, Les Vins Ricardo (vidéo à visionner ici).

Par Anne-Louise Desjardins

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