Amarone : un vin qui demande de la patience

Souvent opulent, parfois austère, massif et sirupeux à cause de sa teneur en sucre résiduel et son haut taux d’alcool, l’amarone della Valpolicella mérite pourtant qu’on lui donne quelques années pour se calmer en bouteille afin de goûter à son évolution. Une évolution qui tend vers la richesse certes, mais aussi vers l’élégance.

 

 

Elles sont 13 familles parmi lesquelles les Tommasi, Masi, Tedeschi, Zenato et Allegrini, à s’être regroupées sous le nom de Famiglie Storiche, une association dont le but est de soutenir l’intégrité et le développement de l’Amarone, cette appellation phare de l’Italie.

L’amarone della Valpolicella a cette particularité d’être un vin élaboré la plupart du temps à partir des cépages corvina (aux tanins subtils et à l’acidité élevée), de rondinella (corsé et légèrement tannique, avec une belle rondeur) ainsi que la molinara (tanins fins et saveurs complexes). Je dis la plupart du temps, car il arrive aussi que des vignerons y ajoutent de l’oseleta ou d’autres cépages italiens.

Depuis sa création en 1940, ce type de vin produit avec la technique de l’appassimento, qui consiste à faire sécher les raisins récoltés pendant plusieurs semaines dans des hangars avant la vinification pour concentrer leurs sucres, a un succès qui ne se dément pas.

Amarone appassimento TOUS DROITS RÉSERVÉS MASI AGRICOLA

La technique de l’appassimento.  Tous droits réservés : MASI AGRICOLA

 

Alors qu’en 1972, 4 600 hectares plantés produisaient 1 million de bouteilles, 43 ans plus tard, en 2015, ces chiffres sont passés à 7 700 hectares pour plus de 19 millions de flacons. Au total, les ventes d’amarone qui occupent en fait 9 % du vignoble de la Vénétie représentent 30 % du chiffre d’affaires du vin italien. Ce n’est pas rien !

 

Des prix de grands crus

Aux côtés des barolos et des brunellos, les amarones parviennent à rejoindre les aficionados des vins italiens de qualité. Ce n’est pas un hasard si cette appellation a évidemment un prix à payer.

Dans ce cas-ci, c’est l’appassimento qu’il faut blâmer puisque lors de la séance de séchage de raisins (passerillage), le poids du raisin chute de 30 % à 40 %; bref, des rendements qui atteignent parfois un maigre 14 hectolitres par hectare, alors que dans d’autres appellations d’origine contrôlée, le rendement peut atteindre de 35 à 60 hl/ha. On comprend mieux les prix pratiqués par ces domaines de la Valpolicella.

 

Amarone : une patience payante

Pour avoir récemment participé à une dégustation verticale d’amarones, force est de constater qu’il y a presque autant de style d’amarones que de domaines (à cause des proportions différentes de cépages, notamment) et que certains d’entre eux parviennent à mieux s’en tirer, selon les millésimes. Ce qui les unit demeure leur longévité et leur capacité à évoluer en beauté, si on leur en laisse le temps.

Avec le temps justement, l’amarone va tourner petit à petit vers une couleur plus claire, (brique orangée), développer des arômes de prunes compotées, de cerise au marasquin et de cuir. Il n’est pas rare d’apprécier pleinement les amarones quand ils ont 20 ou 30 ans derrière le goulot, voire plus même.

Exquis Web Vins Amarone un vin qui demande de la patience Par Frédéric Arnould Famiglie Storiche présentation

Présentation de l’association Famiglie Storiche. Crédit : Frédéric Arnould.

 

Lors de cette dégustation, la maison Spéri, de passage à Montréal et en quête d’un agent de distribution au Québec, avait ouvert un millésime 1988 qui avait encore toute sa fraîcheur et d’une complexité remarquable. Prune mûre, chocolat et réglisse étaient au rendez-vous dans le verre. Purement et simplement un beau vin toujours bien vivant et délicieux.

De dix ans son cadet, l’amarone classico riserva 1998 de Guerrieri Rizzardi n’avait rien à lui envier et semblait encore rempli de promesses pour les années à venir. Avec ses 48 mois en fût, sa robe claire et brillante offrait de jolies flaveurs de cuir, des notes balsamiques ainsi qu’une intensité en bouche des plus agréables.

La petit producteur Venturini (pas encore distribué au Québec) a débouché un classico riserva de 2005 et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’étonnante fraîcheur du vin prenait le haut de l’affiche. On notait des arômes d’amaretto, de massepain et de cerise noire dans le sirop. Une « buvabilité » remarquable et une franche acidité.

Exquis Web Vins Amarone un vin qui demande de la patience Par Frédéric Arnould Famiglie Storiche dégustation

Dégustation d’amarones avec l’association Famiglie Storiche. Crédit : Frédéric Arnould.

 

Le fameux domaine Masi Agricola et son Costasera Classico 2007 nous en a mis plein les narines et plein le gosier avec ce vin d’un grand millésime, durant lequel l’été aura été très chaud. Fruits cuits et notes très épicées (cannelle). Riche et complexe et qui a encore du chemin à faire.

Enfin, le 2010 encore très jeune de Torre d’Orti nous a laissé entrevoir son potentiel de vieillissement en cave pour les 5-6 prochaines années. Cerise au marasquin, légère torréfaction et notes poivrées, avec une belle bouche fraîche au sucre discret.

 

Un mot sur le sucre

C’est une évidence de le dire, mais les amarones della Valpolicella ne sont pas des vins d’apéritif. Comprenez par là que ce sont des vins massifs, avec une teneur en sucre résiduel d’environ 11 grammes par litre. Les meilleurs restent ceux qui atteignent un équilibre, avec de bonnes acidités en dépit d’un taux d’alcool souvent élevé (15 % à 16 %).

 

Dégustés récemment

 vin rouge Tommasi Amarone 2013

Tommasi Amarone della Valpolicella, 2013, vin rouge, Italie, code SAQ : 494393, prix : 46,60 $

Pour avoir goûté et apprécié la bonne « buvabilité » du classico 2009, ce 2013 à base de 50 % de corvina, 15 % de corvinone, 30 % de rondinella et 5 % de molinara qui est déjà appréciable gagnera en profondeur avec quelques années de plus. Élégant et facile d’approche, avec de bons fruits rouges et une longue finale en bouche.

vin rouge italie Zenato Amarone della Valpolicella Classico 2013

Zenato, Amarone della Valpolicella, Classico 2013, vin rouge, Italie, code SAQ : 879445, 48,10 $

Autre maison, autre style

Son millésime 2006 est superbe actuellement, et il n’y a pas de raison pour que 2013 ne soit pas à la hauteur de nos attentes, d’ici quelques années. Bien équilibré, bonne acidité, charnu, mais pas trop. 3 ans d’élevage en fûts et foudres encadrent les arômes de prune et de cerise macérée, avec quelques rondeurs vanillées.

Allegrini, Amarone della Valpolicella, Classico 2013, vin rouge, Italie, code SAQ : 13183491, 99,00 $

Depuis 6 générations, la maison Allegrini imprime son style, même dans les millésimes comme 2005 où elle a réussi à produire un amarone d’une fraîcheur remarquable. La fraîcheur est d’ailleurs le maître mot dans cette cuvée riserva de 2013. Un vin bien structuré, soyeux, avec des flaveurs de cerise, de prune et d’épices douces. Un très beau vin à revisiter d’ici 5 à 10 ans.

 

 

Frédéric Arnould, de Toutsurlevin.ca pour exquis.ca, février 2018.

 

 

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Vins : L’amarone ou l’opulence de la Vénétie chez Cesari

Par Frédéric Arnould

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