Vignerons : Sir Georges Fistonich, un géant de la viniculture néozélandaise

Si vous êtes amateur de sauvignon blanc, il y a fort à parier que vous avez dégusté celui de Villa Maria Estate, l’un des principaux domaines vinicoles familiaux de Nouvelle-Zélande. Son fondateur, Sir Georges Fistonich, est considéré comme le père de la viniculture moderne au pays des kiwis. C’est aussi lui qui a fait connaître la capsule à vis comme une alternative de qualité au bouchon de liège. Rencontre avec un homme délicieux, à l’humour désarmant.

En anglais, on dirait de lui qu’il est un « smooth talker »; sa voix est douce et basse, toujours d’un niveau égal; c’est dans le regard, souvent rieur, voire un brin malicieux, qu’on découvre toute la passion et l’humour de cet homme de 74 ans (mais qui en fait 15 de moins), qui a tellement fait pour mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte des vins du Nouveau Monde.

 

Des racines croates

Comme plusieurs de ses compatriotes, le père de Georges Fistonich émigre vers la Nouvelle-Zélande au début des années 1920, en quête de meilleures conditions de vie. « Je suis le deuxième fils d’une famille croate; dans notre pays, le vin fait tellement partie de la culture que chaque famille a quelques pieds de vigne dans sa cour et fabrique son propre vin, explique le patron de Villa Maria. Mais pour mon père, le métier de vigneron n’offrait aucun avenir. Et comme la tradition de mon pays d’origine voulait que le fils aîné fasse des études universitaires et que le second fils apprenne plutôt un métier, j’ai fait un cours de menuisier-charpentier. Mais moi, tout ce qui m’intéressait, c’était de fabriquer du vin. J’avais déjà ça dans le sang à 18 ans », se souvient-il. C’est là que sa position de cadet lui donne un avantage sur son frère aîné et lui permet de tracer sa propre voie.

Trouver son propre style

« Une fois mon métier appris en un temps record, mon père était rassuré sur mon avenir et il a accepté de me louer cinq acres de vigne à Mangere, Auckland; à 21 ans, j’y ai planté mon premier acre de vignes. » Nous sommes en 1961 et Georges Fistonich vient de fonder Villa Maria Vineyards, qui deviendra l’entreprise vinicole la plus récompensée de Nouvelle-Zélande. Elle compte aujourd’hui des vignobles à Auckland, Hawkes Bay, Marlborough et Gisborne, s’appuie sur une main-d’œuvre de 250 employés et exporte dans pas moins de 50 pays, dont le Canada.

Au Québec, on ne trouve encore que le sauvignon blanc. Mais le pinot noir et la syrah Villa Maria sont vraiment remarquables, tout comme l’assemblage de cabernet et de merlot. Ces vins sont vinifiés pour faire ressortir le fruit de ces cépages et leur complexité; leur style unique reflète la passion de M. Fistonich pour des crus signature qui n’ont rien à voir avec ceux de la compétition. « J’aime boire des vins de partout dans le monde et je ne souscris pas un style en particulier », explique-t-il. D’ailleurs, l’étiquette Nouveau Monde apposée à un vin le rebute; il croit qu’il y a les bons vins et les autres, tout simplement.

 

La famille avant tout

Malgré la tendance néozélandaise à former des mégacompagnies vinicoles gérées par des conglomérats, Villa Maria a su résister aux tentatives d’acquisition et est demeurée une affaire de famille, puisque Karen, la fille du fondateur, est aujourd’hui présidente de la compagnie et travaille aux côtés de son illustre père. « Les petits-enfants sont encore jeunes, mais je sens qu’il y aura une relève pour la troisième génération aussi; à moins que je prenne mes désirs pour la réalité », lance Georges Fistonich, avec son charmant sourire en coin. Sauf qu’il a dû lui-même tout reprendre depuis le début.

Au tournant du XXe siècle, bien des gens l’ignorent, mais de nombreuses variétés de vignes avaient été plantées en Nouvelle-Zélande. C’étaient, pour la plupart, des hybrides autochtones. Le phylloxera a frappé et il a fallu tout arracher. Ensuite, la première guerre mondiale a mis un frein à toute production et la connaissance du vin s’est perdue.

 

En mode innovation

Sir Georges Fistonich a été un pionnier avec ses bouteilles de vin à capsule

C’est pourquoi quelques années à peine après la fondation de son domaine, Sir Georges Fistonich a créé le premier club de vin de Nouvelle-Zélande, histoire d’éduquer ses compatriotes sur le vin, les cépages nobles vinifera, qu’il a été l’un des premiers à planter, et la dégustation. « Quand j’ai débuté, nous étions un pays de buveurs de bière, de porto et de sherry. Mais ça a commencé à changer sous l’influence des amateurs de vin d’origine croate, dont plusieurs sont devenus, comme moi, des œnologues et des professionnels du vin. »

Cette passion des immigrants croates pour le vin a d’ailleurs donné lieu à la naissance de compagnies néozélandaises réputées, comme Delegats, Nobilo, Selak, Montana ou Kuemue River Wines, notamment. Mais Georges Fistonich est reconnu mondialement comme le leader de cette jeune industrie au pays, lui qui a beaucoup contribué à la développer au cours des 54 dernières années, en osant innover constamment.

Quand on lui en fait la mention, le patron de Villa Maria Estates se fait modeste. « Je ne suis pas un partisan du changement pour le changement; ce qui me motive, c’est d’augmenter constamment la qualité de nos vins tout en offrant des prix concurrentiels et d’offrir une gamme intéressante à notre clientèle, qui permet à Villa Maria d’être présent partout dans le monde. C’est pour cela qu’en 2001, j’ai décidé de n’utiliser que des capsules à vis, au risque de perdre certains marchés où on les associait encore à des crus de moindre qualité.

Sir Georges Fistonich, un géant de la viniculture néozélandaise

L’avenir lui a pourtant donné raison, puisqu’aujourd’hui, on reconnaît que les capsules à vis permettent d’éviter les problèmes liés à l’oxydation du vin et à la dégradation du liège, tout en maintenant la qualité du vin lors du processus de vieillissement en cave ou en cellier.

C’est aussi Sir Georges Fistonich qui a établi, dès le début des années 1980, un système de paiement des raisins aux producteurs en fonction de la qualité plutôt que du rendement. Dès 1995, Villa Maria menait également la charge pour créer un système de vitiviniculture fondé sur des pratiques écologiques et de préservation des ressources.

Aujourd’hui, Georges Fistonich aime bien agir comme ambassadeur de la marque et rencontrer ses clients partout dans le monde.

« C’est fascinant de voir combien on apprend sur la culture d’un pays à travers son intérêt pour le vin, note-t-il. Pour moi, cette appréciation de plus en plus répandue pour le vin partout sur la planète est la plus belle récompense et certainement l’une de mes grandes motivations à poursuivre le travail entrepris en 1961 ».

 

 

Plus de contenu Exquis  VINS : L’Australie, moins les préjugés

Exquis Web Vin L'Australie moins les préjugés par Michelle Bouffard ACCUEIL

 

 

Par L'équipe Exquis

SUGGESTIONS RELIÉES À CET ARTICLE

Vin Blanc
Nouvelle-Zélande - Île du Sud
17,60$ *
Disponible en ligne sur SAQ.com
Vin Blanc
Nouvelle-Zélande - Île du Sud
18,60$ *
Disponible en ligne sur SAQ.com
Inscrivez-vous au Club XKI c\\\

Autres articles de la même catégorie

Par Frédéric Arnould. On connaît si bien le nom Pio Cesare qu’on pense souvent qu’il s’agit d’une maison qui produit des millions de bouteilles. Et pourtant…

Par Frédéric Arnould. Après avoir travaillé pendant 20 ans au Château Margaux, Philippe Bascaules est devenu il y a 6 ans le vigneron en chef d’Inglenook, le prestigieux domaine californien propriété de Francis Ford Coppola.

Prix du Public vin bière 2017 - 2018
Montréal Passion Vin 2018 FHMR
Prix du public bière
  • UN MONDE EXQUIS INC.
  • 3425, BOUL, WILFRID-HAMEL
  • SUITE 102
  • QUÉBEC, QC, G1P 2J3
  • CANADA
© Exquis. Tous droits réservés.