LES VIGNERONS DE CŒUR DE MONTREAL PASSION VIN 2018 : AURÉLIEN VALANCE, CHÂTEAU MARGAUX

Photos : tous droits réservés Château Margaux

 

AURÉLIEN VALANCE

LA QUÊTE ININTERROMPUE DE PERFECTION

PAR ANNE-LOUISE DESJARDINS

 

Le Grand vin Château Margaux est une de ces icônes bordelaises comme il s’en fait peu, au point qu’il existe un véritable marché de contrefaçon et que le domaine Château Margaux a dû mettre au point un système d’authentification des bouteilles pour endiguer cette fraude. Située dans le Médoc et autrefois appelée « la Mothe Margaux » à cause de sa position surélevée et de sa pente qui permettra éventuellement d’assurer un bon drainage de la vigne, cette terre de prestige a une histoire qui remonte à l’époque des invasions de Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre au XIIe siècle, qui était aussi un grand amateur de vin de Bordeaux. Les Britanniques seront d’ailleurs toujours des amoureux fidèles du vin de Bordeaux et de ceux du Château Margaux, en particulier ! À l’occasion de Montréal Passion Vin, nous vous présentons un portrait de l’illustre propriété et une entrevue avec son directeur adjoint, Aurélien Valance.

Le domaine de Château Margaux tel qu’on le connaît aujourd’hui, date de la fin du XVIe siècle, avec ses 265 hectares, dont un tiers est consacré à la vigne ; le Château lui-même, entouré de ses facilités vinicoles, a été construit en 1815 par l’architecte bordelais Louis Combes et sera un tel succès architectural qu’on le surnommera « le Versailles du Médoc ». Mais si l’environnement bâti du château et son paysage naturel dans lequel le vignoble est planté sont tout à fait spectaculaires, le concepteur du domaine ne perdra pas de vue qu’il construit d’abord et avant tout un lieu à vocation agricole, qui doit permettre l’élaboration et l’élevage de vin. Il flanquera donc le château de tous les bâtiments nécessaires à l’élaboration du vin (chai, cuveries, cellier, habitations pour les employés, salles mécaniques, garage, etc.).

 

Le Classement de 1855

Mais il reste que c’est le terroir, le sol et le traitement de la vigne, puis l’élevage des vins et le soin qu’on y apporte qui font de Château Margaux un domaine d’exception, producteur d’un vin légendaire. On connaît le classement de 1855, lors de l’Exposition Universelle de Paris, qui a permis au Grand vin de Château Margaux d’atteindre la note parfaite de 20 sur 20 lors d’une dégustation à l’anonyme des meilleurs vins du Médoc et d’obtenir le titre convoité de Premier Grand Cru Classé (avec 3 autres vins médociens). Par la suite, il faudra maintenir ce statut prestigieux, d’abord en entretenant le vignoble avec soin. Après une série d’acquisitions et de reventes plus ou moins réussies par des gens qui ne s’intéressaient pas toujours au vin, c’est à cette mission que s’emploiera la famille Ginestet (qui a fait fortune dans le négoce) pendant plus de 20 ans, suivis par les actuels propriétaires, la famille Mentzelopoulos.

La famille Mentzelopoulos depuis 1977

En effet, c’est en 1977 qu’André Mentzelopoulos fait l’acquisition du Château Margaux. Cet homme cultivé et polygotte (il parle six langues) né en Grèce, qui a fait fortune dans l’import-export, avant d’acquérir la chaîne d’épiceries de quartier Félix Potin avec son épouse française, a rapidement saisi l’importance de se consacrer entièrement au Château Margaux pour lui redonner un lustre perdu dans les deux décennies précédentes, en raison, notamment, de la crise économique et d’une succession de millésimes désastreux. Ce précurseur visionnaire contribuera à sortir les vins bordelais du marché morose dans lequel ils sont plongés en investissant massivement, sans viser de rentabilité immédiate.

« En très peu de temps, Monsieur Mentzelopoulos remet en place le drainage, il replante le vignoble et engage le réputé œnologue Émile Peynaud pour le guider dans sa mission, explique le directeur adjoint de Château Margaux, Aurélien Valance. Avec une équipe chevronnée, ils relanceront le vin Pavillon rouge, ils introduisent l’élevage en barriques neuves, ils redéfinissent le vin blanc du domaine et ils planifient le premier chai enterré de la région, qui était à l’époque une prouesse technique ! » Fait remarquable, le millésime 1978 sera salué comme remarquable et relancera la réputation prestigieuse de Château Margaux. Hélas, le patron meurt en 1980 et laisse le domaine entre les mains de sa fille Corinne, non sans avoir présidé à sa renaissance de façon spectaculaire.

Aurélien Valance est le directeur adjoint de Château Margaux. À 38 ans, ce diplômé en management travaille depuis 13 ans avec la famille Mentzelopoulos, dont Alexandra, représentante de la troisième génération, avec qui il élabore les stratégies de commercialisation et de communication. Il voyage aussi énormément partout dans le monde, afin de mieux faire connaître les vins de Château Margaux. À ses yeux, la responsabilité qui a incombé à Corinne Mentzelopoulos en 1980 était écrasante et elle a su être à la hauteur de l’œuvre entreprise par son père : « Vous imaginez ? Corinne n’avait que 27 ans lorsqu’elle a dû prendre la relève de son père André et elle était déjà pleinement consciente de l’immense responsabilité qui lui incombait, d’autant que son père avait su en trois ans rétablir la grande réputation du domaine et la qualité de ses vins », précise-t-il. C’est donc appuyée par l’équipe choisie par son père, et, dès 1983, par le légendaire directeur général Paul Pontallier (qui s’est éteint en 2015), que Corinne va poursuivre avec grand succès les investissement et la mise en œuvre du plan de développement des vins et du domaine.

 

Savoir se renouveler dans la continuité

Il y a une dizaine d’années, la patronne a investi de nouveau dans la création d’un nouveau cuvier , entièrement sous terre, afin de pouvoir suivre l’évolution des vins du domaine. « Encore une fois, il s’agissait d’une grosse responsabilité, car madame Mentzelopoulos a mis 5 ans à choisir l’architecte du projet, Norman Foster, qui devait savoir à la fois créer un espace à la fine pointe de la technologie, mais sans détruire l’image de Château Margaux, que Corinne souhaite laisser à ses trois enfants, intacte, avec sa vocation historique », de poursuivre Aurélien Valance.

« Ce qui nous différencie entre autres, c’est que ces vignes, ça fait 350 ans qu’on les possède, on a un parcellaire qui n’a pas bougé depuis 350 ans. Nos vignes ont 40 ans en moyenne et on les replante environ tous les 40 ans. On fait une taille et un entretien soigneux pour qu’elles vivent le plus longtemps possible, ce qui représente de 60 à 80 ans sous nos climats bordelais », relate Aurélien Valance. Château Margaux a un plan de roulement de ses parcelles qui est planifié sur des dizaines d’années : par exemple, on sait aujourd’hui qu’en 2030 on arrachera telle ou telle parcelle, pour la replanter. La planification de l’ensemble du vignoble est donc très précise. « Au niveau viticole, depuis 20 ans, nous faisons aussi un très important travail sur les sélections parcellaires, et nous avons réduit du tiers nos rendements. En 1998, nos 82 hectares étaient divisés en 25 parcelles d’un peu plus de 3 hectares chacune. Tandis qu’aujourd’hui, nous avons plutôt 100 parcelles pour ces mêmes 82 hectares, et chacune est vinifiée séparément », explique le directeur général adjoint. C’est pourquoi depuis 10 ans, on a bâti un cuvier doté d’une grosse capacité, justement pour pouvoir vinifier séparément, ce qui demande 100 cuves plutôt que 25. À cela, s’ajoute depuis 20 ans un travail colossal d’analyse des sols, par photos satellites ; on a étudié les types de sélections de greffes qui conviendraient le mieux à chacune de ces parcelles. On a aussi mis en place un service de recherche et de développement qui se consacre à une foule de projets, dont la culture biologique, la biodynamie, le rôle des chauves-souris pour éradiquer certains insectes nuisibles, etc.

« Lorsque nous avons créé le nouveau cuvier, nous en avons aussi profité pour mettre en place une vinothèque enterrée, avec 600 bouteilles de chacun de nos vins sur chacun de nos millésimes. Ces vins ne doivent pas bouger de là pour au moins 30 ans. C’est un héritage pour les prochaines générations, car l’aspect historique de Château Margaux est très important », de préciser Aurélien Valance.

 

Un seul domaine, pour faire mieux

Et, parlant de pérennité, il est aussi remarquable de constater que la famille Mentzelopoulos ne cultive que ses propres raisins, sans acheter de productions à des viticulteurs d’ailleurs ; et tous les ouvriers agricoles qui travaillent au vignoble sont des employés du domaine. On ne fait pas de sous-traitance ici, c’est trop important ! Le Château compte 82 hectares plantés en cépages rouges et la propriété fait un total de 270 hectares. On produit 130,000 bouteilles de Grand vin de Château Margaux chaque année, 100,000 bouteilles du vin Pavillon rouge, et 60,000 bouteilles pour le 3e vin, qui est vendu en vrac. Côté vin blanc, Château Margaux cultive une seule grosse parcelle de 12 hectares pour son sauvignon blanc, et produit 10,000 bouteilles de son Pavillon blanc, qu’elle veut élégant et distinctif, loin de la caricature de sauvignon blanc qu’on voit trop souvent sur le marché, avec trop d’agrumes et une acidité intense. Enfin, contrairement à la majorité des propriétaires de châteaux dans le Bordelais, Corinne Mentzelopoulos se refuse à posséder plus d’un domaine, car elle croit que pour continuer de produire un tel vin de prestige, Premier grand cru classé, il faut s’y consacrer entièrement. « Il faut bien dire que savoir conserver ainsi son statut année après année, décennie après décennie, c’est quand même incroyable ! » de conclure le directeur adjoint de Château Margaux, avec enthousiasme.

 

Les vins dégustés lors de Montréal Passion Vin

 

Pavillon Blanc du Château Margaux, Bordeaux 2015

« J’ai voulu choisir des millésimes de Château Margaux qui soient à la fois différents et un exemple parfait de ce qui fait la magie de nos vins, et qui exprime bien ce qui les rend uniques, à commencer par ce jeune millésime blanc qui a gagné en pureté et en fraîcheur. »

Pavillon Rouge du Château Margaux 2009 et 1996

« Ici, l’idée de sélectionner un millésime ancien de 22 ans d’âge et un plus récent de 10 ans permet de montrer combien le vin a progressé et de bien noter l’évolution du vin, qui peut être bu relativement jeune, mais qui gagne en complexité avec le temps. »

Château Margaux, Margaux Premier grand cru classé 2004, 1996, 1989

« 2004 me permet de montrer un millésime jeune, très parfumé, qui est délicieux, même si on vise ici plutôt un vieillissement de 20 ans. Le 1996 est un millésime magique, il donne un vin très soyeux ; c’est la quintessence de Château Margaux. Il acquiert en vieillissant un parfum floral, avec une bonne longueur en bouche. Plus il vieillit en bouteille, et plus il concentre ses arômes et ses saveurs. Le 1989 est un Château Margaux classique, mature ; 30 ans, c’est le moment idéal pour le boire. Le millésime 1989 était solaire, mais avec beaucoup de fraîcheur. »

chateau-margaux.com

Par L'équipe Exquis

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