LES VIGNERONS DE CŒUR DE MONTREAL PASSION VIN 2018 : FRÉDÉRIC FAYE, CHATEAU FIGEAC

Photos : tous droits réservés, Château Figeac

 

FRÉDÉRIC FAYE

GARDIEN D’UNE GRANDE TRADITION VINICOLE

PAR ANNE-LOUISE DESJARDINS

 

Ces jours-ci, c’est le branle-bas de combat au Château Figeac, 1er Grand Cru Classé de Saint-Émilion depuis 1955. Car la famille Manoncourt, propriétaire de ce domaine historique depuis 126 ans, a entrepris de grands travaux de réfection qui doteront, dès 2020, ce site d’exception d’installations vitivinicoles ultramodernes. Chais, cuviers, caves, salle de dégustation, site de réception des raisins, tout ce qui fait le cœur d’un établissement vinicole sera transformé afin de répondre aux plus hautes normes technologiques et de précision du métier, autant qu’à la vision d’excellence de ses propriétaires, Thierry Manoncourt, un ingénieur agronome visionnaire qui a développé la version moderne du Château Figeac, aidé de son épouse Marie-France. Ces nouvelles installations sont pensées pour s’adapter à l’évolution des besoins et des méthodes de vinification, de même qu’à la mise en production de nouvelles parcelles. Mais n’ayez crainte : même si elles passeront de 1500 m2 à 5500 m2 de surface, la nature, la vigne, le parc magnifique et le château lui-même, sertis dans 13 hectares de verdure qui entourent les 40,5 hectares de vignes, n’en souffriront pas, car la majorité de cet espace sera sous terre, et les visites de ce site spectaculaire et très populaire auprès des oenophiles du monde entier pourront reprendre d’ici deux ans.

À l’occasion de Montréal Passion Vin, nous vous présentons une entrevue avec Frédéric Faye, directeur général et œnologue, qui nous parle des succès et de la grande popularité des vins Château-Figeac ainsi que de la vision d’avenir fort prometteuse que la famille Manoncourt entretient pour cette grande maison bordelaise. M. Faye a eu la chance de travailler pendant plusieurs années aux côtés de Thierry Manoncourt, jusqu’à son décès, en 2010, et il a fait sienne la cause de cet homme d’exception et sa philosophie.

 

Cher Monsieur Faye, merci de vous présenter en résumant votre histoire au Château Figeac

Je suis né en 1981 à Bordeaux et j’y ai grandi, car mes parents y travaillaient. Pour autant je revendique mes origines périgourdines (Dordogne). Ma famille y possède encore un domaine familial, acheté par mes ancêtres agriculteurs au début du 18ème siècle. Pendant mon enfance, j’aimais y passer mes weekends et mes vacances avec mon grand-père et c’est lui qui m’a transmis sa passion pour la nature et la terre. J’aime toujours autant y aller et je transmets aussi ces valeurs paysannes à mon tour.

Mes études supérieures en oenologie et viticulture se sont finalisées par un diplôme d’Ingénieur agronome à l’école Bordeaux Science Agro. Mes premières vinifications remontent au millésime 2000. J’ai fait des stages au Château le Bon Pasteur à Pomerol, Fontenil à Fronsac et Yacochuya en Argentine, avec Michel et Dany Rolland, puis au Château FIGEAC. La Famille Manoncourt m’a permis de rester travailler à FIGEAC pendant mes études en tant qu’ouvrier de chai, puis responsable de la qualité. Je me souviens très bien de mon premier jour à FIGEAC en 2002, où j’ai nettoyé les vitres. Passionné par la viticulture et l’œnologie, j’ai eu la chance d’échanger beaucoup avec Monsieur Thierry Manoncourt, propriétaire et lui-même ingénieur agronome, un scientifique chevronné, animé par les mêmes passions que moi. Il m’a beaucoup transmis sur sa vision de la propriété.

En 2008, lorsque mes études ont été terminées, les propriétaires m’ont proposé de rester à FIGEAC pour devenir chef de culture. Puis, en 2010, j’ai été promu directeur technique et enfin, directeur général en 2013. Mes fonctions se sont aujourd’hui élargies. Bien entendu, mon premier rôle reste de faire le plus grand raisin possible et, par conséquent, le plus grand vin à chaque millésime. J’interviens sur toutes les étapes du processus en encadrant l’équipe et en prenant les décisions. Je m’occupe également des tâches administratives et aussi de la commercialisation des vins via la Place de Bordeaux. J’interviens aussi beaucoup dans la promotion, ce qui m’amène à voyager autour du monde pour présenter les vins du domaine et expliquer leurs singularités. J’ai une volonté permanente de faire progresser FIGEAC sur tous les plans tout en préservant et en mettant en avant son ADN si unique.

 

La famille Manoncourt est très présente dans la gestion quotidienne du domaine. Pouvez-vous résumer les fonctions et responsabilités de chacun et comment cela se vit au quotidien ? Les quatre filles, Mme Manoncourt, l’équipe de gestion, etc.

La Famille Manoncourt est propriétaire de FIGEAC depuis 1892 et la gestion reste familiale, avec une implication totale. Les propriétaires définissent les stratégies de développement de leur propriété sous différents axes : marketing, commercial, financier, environnemental et, bien évidemment, qualité des vins… Elles sont épaulées dans les axes stratégiques par Monsieur Jean-Valmy Nicolas qui intervient en tant que consultant. Il est également copropriétaire du Château La Conseillante à Pomerol et financier. Madame Idoine-Manoncourt, l’une des filles de Madame Manoncourt, occupe la fonction de présidente du groupe familial et intervient de façon beaucoup plus régulière dans la gestion quotidienne, à mes côtés (elle est aussi ingénieur agronome). Nous avons des échanges très réguliers sur l’avancement des tâches en cours et l’atteinte des objectifs que nous nous sommes fixés. Nous avons également demandé à Michel Rolland de venir nous apporter toute son expérience pour nous aider à progresser sur le plan qualitatif. En résumé, la Famille Manoncourt décide des grands axes à suivre, et je les mets en œuvre au quotidien à la propriété, en orchestrant les équipes et les travaux.

 

Les vendanges 2018 viennent de se terminer. Comment se sont-elles déroulées et que nous disent-elles du vin à venir ? La canicule ou d’autres événements climatiques ont-ils affecté la saison ? À quoi peut-on s’attendre de ce millésime ?

Voici mes impressions sur le millésime 2018. Il y a eu deux mi-temps, comme dans un match de football. La première mi-temps n’était pas des plus faciles ! Un printemps très pluvieux, orageux et doux a favorisé une croissance rapide de la vigne et, évidemment, une sensibilité accrue au mildiou. La floraison s’est pourtant très bien passée. Les réserves en eau des sols étaient à leur maximum. Je me souviens d’avoir dit à mon directeur technique à la fin juin que si la météo changeait et se mettait au beau tout l’été, nous pourrions faire un grand millésime, vu le potentiel de la récolte (millésime précoce d’environ 10 jours et quantité de récolte très satisfaisante).

La deuxième mi-temps a fait la différence et a amené les vignerons à une belle victoire. Un été sec, très ensoleillé. Chaleur et nuits fraîches. Le TOP, comme je l’espérais. Nous avons fait des vendanges vertes (ou éclaircissage, réduction du nombre de grappes) sur toutes les parcelles afin de maîtriser la quantité et d’harmoniser la maturation après véraison. La maturation s’est faite avec une bonne semaine d’avance dans d’excellentes conditions météos, grâce aux journées longues en ensoleillement. Peu d’effeuillage pour protéger les raisins des brûlures du soleil et surtout, préserver la fraîcheur aromatique. C’est une des premières fois de ma carrière où je déguste des pépins aussi croustillants dès la fin août sur les trois cépages. Je savais à ce moment que les tanins seraient d’une très grande qualité.

La maturation a été lente et continue sur les sols graveleux en raison de la sécheresse (pas de canicule, car les nuits sont restées fraîches) et cela est signe de la grande expression aromatique de ce millésime. Les sols de FIGEAC permettent aux vignes de s’enraciner en profondeur et de trouver la fraîcheur nécessaire pour ne pas souffrir. Entre la fin août et la fin des vendanges, nous avons eu un peu de pluie (38 mm), ce qui a permis de terminer la maturation des pellicules et surtout de préserver cette fraîcheur et ce fruit frais expressif.

C’est un très grand millésime qui se profile à FIGEAC, comme dans beaucoup d’autres propriétés de Bordeaux et, je crois savoir aussi, en France. A ce stade, j’ose déjà dire qu’il marquera les papilles de nos dégustateurs et je le définirais comme un équilibre parfait entre le charme opulent de 2009, complété par la fraîcheur et la précision de 2016.

 

Parlez-nous des particularités du sol de graves de Saint-Émilion et des caractéristiques qu’il contribue à donner au vin.

Château Figeac partage avec Cheval Blanc la moitié d’une bande de graves günziennes au nord de l’appellation Saint-Émilion et aux portes de Pomerol. Cette bande ne représente que 60 hectares sur les 5400 hectares de l’appellation. Les sols sont peu fertiles et ce terroir minéral, composé de quartz et de silex, très drainant, absorbe bien la chaleur, ce qui permet une concentration et une grande qualité des raisins, et particulièrement des cabernets. En effet, les graves sont des sols chauds permettant une excellente maturité au cabernet sauvignon, qui est tardif. Sans cet apport calorifique il serait difficile d’obtenir en rive droite une maturité optimale de ce superbe cépage. FIGEAC est composé de trois collines de graves dont la profondeur de cailloux varie entre 3 et 7 mètres. Ces graves reposent sur des argiles bleues en profondeur, permettant une réserve hydrique nécessaire.

Le système racinaire de la vigne sur un sol de graves est profond, car le sol est meuble. Elle y trouve un réservoir d’eau en profondeur (argile bleue) et de nutriments minéraux essentiels pour la plante. Ce sol influe par ses caractéristiques physiques et chimiques sur la composition de la vendange et modifie de manière complexe les caractères organoleptiques des vins. On retrouve systématiquement une minéralité dans FIGEAC, qualifiée par certains dégustateurs de touché graphite, et cela, bien avant l’élevage en barrique. Les techniques de vinification et les assemblages des cépages jouent également un rôle majeur dans la genèse des caractères de Figeac. La topographie vallonnée du vignoble, en raison des collines, confère un panel d’expositions au soleil différent. Cela participe à l’expression aromatique différente de chaque cépage selon s’il est exposé plein sud ou plein Est (au soleil levant) etc…

On parle beaucoup du « style Figeac ». Comment le définissez-vous ? À quoi le reconnaît-on ? On parle de fraîcheur, d’un usage plus prononcé de cabernet que de merlot… le mariage jeunes vignes et vignes plus anciennes, etc.

Le style FIGEAC commence lorsque le dégustateur regarde le vin et plonge son nez dans le verre. La fraîcheur du nez et la diversité des arômes apporte déjà une signature unique à FIGEAC. En effet, la présence des trois cépages en proportions quasi identiques étoffe la palette aromatique. D’une couleur intense et brillante, il présente des arômes de petits fruits rouges mûrs, de cassis, de fleurs blanches, complété par une grande finesse épicée, une pointe fumée et graphitée caractéristique des sols de graves, une présence de menthe et aussi mentholée, véritables signatures après quelques années de vieillissement.

Structuré en bouche dans sa jeunesse, il pourrait être un vin strict si une chair suave ne venait enrober son ossature. Sa finale est sensuelle et caressante, aux caudalies infinies, avec un équilibre recherché lors des assemblages entre les trois cépages. Les derniers millésimes, tout en gardant ce style raffiné, ont gagné en volume et en profondeur. La texture des tanins est plus fine et plus harmonieuse.

La capacité de garde de FIGEAC est très importante, car rares sont les vins composés uniquement de merlot qui peuvent traverser les décennies.

Concernant l’âge des vignes, il est d’une moyenne de 40 ans. Pour autant, les premières dégustations d’assemblage sont réalisées à l’anonyme, car je ne souhaite pas connaître la parcelle ni l’âge des vignes. Certaines années de jeunes vignes, cultivées avec respect, peuvent donner d’excellents résultats et entrer dans l’assemblage du premier vin.

 

Comment ce style signature a-t-il évolué au fil des ans et depuis le départ de Monsieur Manoncourt ? L’approche a toujours été axée sur un équilibre entre la recherche scientifique et le respect de la biodiversité, n’est-ce pas ? Merci de développer sur ces caractéristiques.

En termes de style de vin, il n’est pas question de le changer. Mon travail consiste à veiller aux côtés de la famille Manoncourt à la continuité de ce style sans succomber aux effets de mode. Cela ne m’empêche pas de faire évoluer nos techniques et notre vision du vin en voulant être toujours plus précis et en augmentant notre niveau d’exigence. J’aime comparer FIGEAC à une formule 1 qui nécessite des réglages de précision pour monter sur le podium. Je m’efforce d’apporter une vision moderne et à la fois traditionnelle tout au long de l’élaboration de FIGEAC. Je continue, avec mon équipe, à réaliser chaque année des expérimentations sur la vigne et le vin.

Comme je vous le disais j’ai bien connu Monsieur Manoncourt et nous avons beaucoup échangé sur la viticulture et l’œnologie ainsi que sur le domaine dans sa globalité. Il fût l’un des premiers scientifiques à diriger une (sa) propriété après la seconde guerre mondiale. Son approche a toujours été basée sur les connaissances et les essais. Il m’a toujours dit que FIGEAC n’est pas qu’un vignoble ; c’est un véritable écosystème où 13 hectares de biodiversité se mêlent aux 41 hectares de vigne. Ainsi, bois, étang, cours d’eau, prairies, habitants (dont la Famille Manoncourt) participent à cette biodiversité, à cet équilibre qui influence le comportement des vignes.

Nous faisons régulièrement des suivis sur la faune et la flore de FIGEAC et des nombreuses études scientifiques y sont menées. La dernière en date portait sur les chauves-souris présentes dans la propriété et nous voulions connaître leur impact sur les insectes attaquant la vigne. Nous avons donc suivi leur régime alimentaire avec un spécialiste. Les résultats sont très encourageants et confortent nos choix de préserver cet équilibre précieux mais fragile. La propriété a obtenu d’ailleurs plusieurs certifications environnementales ces dernières années. À Saint-Émilion, certains qualifient FIGEAC de poumon vert pour l’appellation. C’est un honneur et un devoir de le préserver.

 

Parlez-nous des vins que vous servirez lors de l’événement Montréal Passion Vin.

 

PETIT-FIGEAC 2012 et 2014, second vin de la propriété. Il est important pour moi de faire découvrir ce vin, qui est l’introduction à notre style. Monsieur Manoncourt a été pionnier dans la création d’un second vin dès 1945. Il s’appelait « La Grange Neuve de FIGEAC » et les propriétés du bordelais soucieuses de sélection se comptaient sur les doigts d’une main à cette époque. Lors des changements opérés en 2013, nous avons convenu avec la Famille Manoncourt de changer le nom pour PETIT-FIGEAC, bien plus parlant pour le consommateur et une approche nouvelle du vin. En effet, telle une introduction il invite le dégustateur à découvrir le style inimitable de la propriété et lui souhaite la bienvenue. Ce vin est assemblé au même moment que FIGEAC et n’est pas produit avec les rebus. En effet c’est un FIGEAC, mais plus léger, plus charmeur dans sa jeunesse, avec un potentiel de garde moins important que FIGEAC. Il dispose des mêmes cépages que le grand vin, avec l’élégance et la fraîcheur de son aîné, mais sans la même profondeur ni la même intensité. Il peut être composé de jeunes vignes et de vieilles vignes aussi.

FIGEAC 2009 et FIGEAC 2010 Ce sont deux très grands millésimes, et de jeunes enfants. Nous pourrons apprécier un style FIGEAC dans sa jeunesse. Le 2009 est plus solaire et le 2010 plus classique. Les dégustateurs se demandent toujours lequel est le meilleur entre les deux. Je dirais aucun, les deux sont très grands et dans le même style mais avec une météorologie différente. Nous allons découvrir cela ensemble à Montréal Passion Vin.

FIGEAC 2011 qui est un millésime oublié et sous-estimé. Il a eu le malheur d’être produit après ces sublimes 2009 et 2010. Effectivement, la météo a été moins clémente mais je souhaite montrer ici combien la propriété produit de très grands vins, même dans des années plus difficiles.

FIGEAC 1993 : un clin d’œil, car il s’agit du 100e millésime produit par la famille Manoncourt (Achat en 1892 et premier millésime en 1893). L’étiquette porte d’ailleurs une mention spéciale. Il est rare pour nous de le sortir de nos caves, tant les bouteilles sont limitées. Nous découvrirons au travers de ce vin un FIGEAC mûr et expressif, très aérien.

chateau-figeac.com

Par L'équipe Exquis

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